Voici aujourd’hui un autre regard sur la résilience. Un regard qui prolonge avec d’autres mots la définition de la résilience en psychologie, telle qu’elle est portée par Boris Cyrulnik, dont les apports sur le sujet sont des plus fondamentaux. Selon Boris Cyrulnik, la résilience est le processus qui permet un nouveau développement psychique après un trauma. Et qu’entend-on par trauma ? Par définition, le trauma est une blessure ou une lésion provoquée par une agression extérieure (définition CNRTL). Il peut s’agir de blessures vécues dans l’enfance, l’adolescence ou dans sa vie d’adulte. Ces blessures peuvent être liées à des violences physiques ou psychiques subies, à un accident, à un événement professionnel ou personnel…

Autrement dit, la résilience est la capacité à absorber les chocs traumatiques et à retrouver un équilibre psychique, ces chocs traumatiques pouvant être anciens ou plus récents. Elle rejoint la capacité que nous avons à vivre plus ou moins facilement avec notre passé traumatique.

La résilience, c’est regarder autrement le passé

Voici une phrase très troublante : « Le passé n’existe que par la place qu’on lui donne, que Je lui donne. » En clair, le passé n’existe que dans notre pensée en prenant différentes formes : souvenirs, émotions agréables ou désagréables (colères, peurs…), sentiments, etc. Dans le cas d’un passé difficile et douloureux, le sentiment qui prend place au présent peut être un lien de responsabilité et de culpabilité. La formulation de la pensée peut être du type : « Le passé est responsable de ma vie difficile d’aujourd’hui » ou « Je vie des choses difficiles et désagréables aujourd’hui à cause de mon passé ». Ainsi, notre esprit établit un lien de causalité. Or, ce lien de causalité peut nous enfermer dans notre passé traumatique.

Dès lors, qu’est-ce que la résilience ? La résilience est tout simplement une conversion du regard sur le passé. Nous n’effaçons pas le passé. Nous changeons le regard sur notre passé. Nous ne vivons plus le passé comme s’il était encore là, présent aujourd’hui en nous et autour de nous, prenant parfois plus de place que le présent. Nous lâchons la responsabilité du passé sur notre vie pour reprendre notre responsabilité sur notre vie au présent. Cela peut être difficile et parfois un long chemin parfois mais l’idée est là : Je reprends la responsabilité de ma vie. Ce n’est plus mon passé qui prend le contrôle de ma vie, mais bien Moi.

Il ne s’agit nullement de nier le passé, de dire qu’il n’a pas existé, mais de changer le regard pour opérer une transformation qui passe par l’acceptation.

La résilience est une histoire d’acceptation

Une clé fondamentale de la résilience est l’acceptation. Nous atteignons le stade de la résilience lorsque nous acceptons notre passé, y compris le passé traumatique, difficile et douloureux. Nous atteignons le stade de la résilience lorsque nous acceptons également notre vie dans son ensemble, avec ses moments les meilleurs, avec ses mauvais les pires. Lorsque nous pouvons nous dire que nous avons eu une belle vie malgré les traumas et les accidents que nous avons traversés.

Atteindre le stade de la résilience, c’est se dire :

  • J’accepte cet événement traumatique que j’ai vécu et qui m’a fait tant de mal.
  • Je ne le regrette pas même si la vie aurait pu être autrement.
  • Je suis d‘autant plus fort(e) et vivant(e) que j’ai survécu à cet événement.
  • J’ai eu une belle vie malgré ces accidents et traumas.

Cette étape de l’acceptation nous permet de larguer davantage les amarres avec notre passé traumatique et douloureux. Nous accrocher à ce passé n’est désormais plus nécessaire car nous n’avons plus de regret, car nous n’avons plus besoin de poser et d’affirmer des culpabilités, car nous n’avons plus besoin d’être victime, car nous n’avons plus peur que ce passé insoutenable ressurgisse ou survienne à nouveau. Car nous n’avons plus besoin de nous appuyer sur nos peurs pour vivre au présent et construire notre futur. Et je citerai ici Laetitia Mousso, sophrologue : « Les peurs du passé ne deviendront pas mon futur ». Une phrase que j’aime beaucoup.

Pour autant, ce cheminement ne signifie pas que nous tolérons et légitimons les actes malveillants commis à notre encontre. Il s’agit simplement de redistribuer les responsabilités. D’un côté, les auteurs d’actes traumatiques demeurent responsables de leurs actes et, le cas échéant, peuvent être condamnés par la justice. De l’autre, je suis responsable du regard que j’ai sur mon passé. Je peux le modifier pour parvenir à la résilience et vivre une vie plus aidante et agréable.

Sylvain Seyrig, coach professionnel à Paris

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