Le triangle de Karpman est un triangle dramatique avec trois rôles possibles pour les protagonistes : Victime, Persécuteur, Sauveur. Voici la définition et le fonctionnement du triangle de Karpman et surtout comment sortir de ce jeu psychologique malsain.

Surnommé le Triangle de Karpman, du nom de son auteur, le triangle dramatique est particulièrement pertinent pour décrypter, gérer et sortir d’une relation qui s’avère peu claire, désagréable, compliquée, malsaine, limitante, douloureuse ou déséquilibrée. Et plus encore pour sortir d’une relation toxique qui épuise, fait souffrir et qui est sous le signe de la manipulation.


Elaboré en 1968 par Stephen Karpman (ci-dessus en photo), le triangle dramatique est un concept clé de l’analyse transactionnelle (AT), courant de psychologie né à la fin des années 1950, sous l’égide d’Eric Berne, un formidable psychiatre américain. Eric Berne a élaboré l’analyse transactionnelle dans le but très salutaire de décrypter et modifier les relations contre-productives et pénalisantes avec autrui.

Facile à appréhender, à l’instar des autres concepts de l’analyse transactionnelle, le triangle de Karpman est fréquemment utilisé en coaching professionnel mais aussi en coaching de vie pour les relations amoureuses, familiales, sociales…

Le triangle de Karpman est un jeu psychologique

Le triangle dramatique est un jeu psychologique entre des personnes qui jouent chacune l’un des trois rôles suivants : Victime, Persécuteur, Sauveur. Chacune adopte les comportements (paroles, actions…) qui caractérisent son rôle. Ces agissements, qui deviennent habituels et codifiés, apparaissent finalement naturels et se déclenchent automatiquement quelle que soit la situation ou presque. Autrement dit, chacun adopte un comportement réflexe type au lieu d’exprimer ses idées et ses émotions réelles.

Dès lors, quand un triangle de Karpman s’installe, la communication relationnelle n’est plus basée sur des faits ni sur leur lecture objective. Elle repose sur la posture symbolique (le rôle) adoptée par chacun avec des motivations cachées non dites. La relation entre dans une spirale négative, potentiellement conflictuelle, sans pouvoir aboutir à une solution autre qu’un jeu dramatique.

Synonyme de manipulation, ce jeu psychologique engendre un phénomène de répétition. Si l’on n’en sort pas, il peut durer dix minutes, deux heures, trois mois, dix ans, une vie…

Les trois rôles du triangle de Karpman

Dans le triangle dramatique, chacun des protagonistes prend au départ l’un des trois rôles complémentaires : Victime, Persécuteur, Sauveur. Parfois jusqu’à la caricature. Et ce sans en avoir vraiment conscience le plus souvent.

Rôle de Victime

La posture de Victime est la plus facilement identifiable et la plus connue du triangle de Karpman.

• Caractéristiques de la Victime
La personne qui endosse ce rôle ressent de l’impuissance et de l’irresponsabilité. Elle met en avant sa « faiblesse » face au Persécuteur et adopte une posture où on doit l’aider. Cela peut aller jusqu’à apitoyer l’autre (le Sauveur).
La Victime s’appuie ainsi sur la responsabilité des autres pour résoudre sa situation et son mal-être. D’une part, elle pointe la responsabilité du Persécuteur qui est à l’origine de son malaise. D’autre part, elle place le Sauveur en position de responsabilité de devoir l’aider.

• La Victime adopte les comportements suivants :
– Elle se plaint de la situation dont « elle n’est pas responsable »
– Elle ne se donne pas les moyens de réussir par elle-même
– Elle rejette la responsabilité sur les autres
– Elle demande de l’aide avant de chercher des solutions par elle-même
– Elle n’exprime pas de demandes claires.

En résumé, la Victime qui joue bien son rôle sait attirer l’attention, amenant à elle le Sauveur qui veut bien la sauver. Son côté Caliméro (C’est trop injuste !) peut être d’une redoutable efficacité. En fin de compte, la Victime peut se révéler très dépendante des autres.

Rôle de Persécuteur

• Caractéristiques du Persécuteur
Le Persécuteur est le « méchant » du triangle de Karpman. C’est le bourreau ! Il domine l’autre, le fait souffrir par névrose, pour canaliser ses propres colères, peurs, souffrances… Par ses paroles et ses actions, le Persécuteur impose ses vues tel un justicier et un donneur de leçons. Son attitude est rigide et il adopte une position supérieure.

• Le Persécuteur affiche les comportements suivants :
– Il dévalorise, critique, révèle le négatif, humilie
– Il contrôle et cherche l’erreur
– Il agit avec autorité, édicte des règles et des normes excessives
– Il pousse à l’erreur et à la faute
– Il s’exprime par la colère ou un ton autoritaire.

En résumé, pour le Persécuteur, tout est de la faute de la Victime qui est la seule responsable de la situation.

Rôle du Sauveur (ou Sauveteur)

• Caractéristiques du Sauveur
Tel un ange, le Sauveur (ou Sauveteur) vole ! Il vole au secours de la Victime pour la… sauver. Sa croyance est Les autres sont faibles, je suis là pour les aider. Le Sauveur croit avoir le beau rôle mais attention : le Sauveur est, lui aussi, dans la manipulation. En effet, il entend sauver autrui même quand celui-ci n’a rien demandé.

En fait, la Sauveur se sent fautif ou coupable s’il ne vient pas aider l’autre. Il agit pour sa bonne conscience et son propre bien, parfois même au détriment de la Victime. Autrement dit, celui qui endosse l’habit de Sauveur cherche à se rendre indispensable auprès des autres et il en trouve un bénéfice, par exemple un sentiment d’être utile.

Sans s’en rendre compte, le Sauveur adopte une posture de supériorité : il domine la Victime. Bien souvent, il pense, parle, agit à la place de l’autre. Ce qui réduit l’autonomie et la responsabilité de l’autre.

• Le Sauveur adopte les comportements suivants :
– Il aide sans qu’on le lui demande
– Il parle ou agit sans toujours en avoir les compétences ou les moyens
– Il pense, dit ou fait à la place de l’autre
– Il fait plus que sa part du travail
– Il ne tient pas compte de l’autonomie, de la responsabilité et des capacités des autres.

En résumé, le Sauveur prend en charge la Victime plus qu’il ne faut. Une posture qui a des effets pernicieux qui entrent dans le registre de la manipulation. D’une part, le Sauveur réduit l’autonomie, la responsabilité et la liberté d’action de la Victime. D’autre part, le Sauveur se décentre de lui-même et se détourne de ses propres problèmes et affects.

Jeu psychologique à deux ou à trois protagonistes, voire plus

Si une personne commence à endosser un rôle, elle peut conduire l’autre à jouer le rôle complémentaire. Si la personne A se met en position de Victime, elle peut placer B (son manager, son conjoint, son amie…) en Persécuteur ou Sauveur. De même, si A prend la position de Sauveur, elle peut mettre B en Victime ou Persécuteur. On entre ici dans la manipulation.

Ce jeu psychologique est manipulatoire de façon inconsciente et il est difficile de savoir qui a commencé, à l’instar de la poule et de l’œuf.

• Jeu à deux
Le triangle de Karpman peut s’instaurer avec deux personnes, l’une sera la Victime et l’autre le Persécuteur. Cela peut être dans une relation professionnelle (hiérarchique, collègue…) ou personnelle (relation amoureuse, couple, amis…).

Jeu à trois
Ce jeu psychologique peut également évoluer avec un troisième protagoniste. Par exemple, dans le cas d’un harcèlement moral au travail, le Persécuteur peut être le manager, la Victime le collaborateur, et le Sauveur peut être le N+2, un collègue, un responsable syndical ou un avocat.

• Ou plus encore
Il peut se greffer à ce trio (infernal) un quatrième protagoniste ou davantage encore. Une Victime peut avoir plusieurs Persécuteurs, plusieurs Sauveurs. Et dans une équipe ou un groupe, il peut exister différents triangles en même temps.

Le coup de théâtre…

Chacun a une position privilégiée sur le triangle dramatique : Victime, Persécuteur ou Sauveur. Eric berne a formalisé le « coup de théâtre » dans les jeux psychologiques. Le coup de théâtre est ce moment où les protagonistes vont changer de rôle. On assiste alors à un mouvement de position.
Par exemple, si A est harcelée au travail par B, A est la Victime et B le Persécuteur. En revanche, si A démissionne et porte plainte, elle sort de sa position de Victime. C’est là un coup de théâtre.

Parfois, les positions tournent en rotation et un triangle dramatique succède à un autre. Si la Victime A se met à harceler son Persécuteur B en le traitant de Persécuteur, les rôles s’inversent ! A devient Persécuteur et B la Victime ! C’est un coup de théâtre. De même, à force de vouloir Sauver la Victime coûte que coûte, le Sauveur peut devenir Persécuteur, soit de la Victime, soit du Persécuteur.

Comment sortir du triangle de Karpman

L’objectif n’est pas de changer de rôle au sein du triangle, en passant par exemple de Victime à Persécuteur. Il est tout simplement de sortir de prendre de s’en détacher et de s’en affranchir. Sortir du triangle de Karpman est une démarche que j’accompagne en coaching professionnel et coaching de vie.

Etape 1 : Prendre conscience du jeu psychologique
La première étape est de repérer l’existence d’un malaise et de prendre conscience que la relation est malsaine et que les comportements sont contre-productifs et pénalisants pour un ou plusieurs des protagonistes.

Etape 2 : Identifier le rôle de chacun
Connaître le fonctionnement et les trois rôles du triangle de Karpman permet d’identifier la position prise par chacun, y compris la vôtre.

Les questions à se poser sont :
• Quel est mon rôle : Victime, Persécuteur ou Sauveur ?
• Quels sont ceux des autres ?
• Quels sont les paroles et comportements qui caractérisent chaque rôle ?
• Quelle est ma part de responsabilité dans ce jeu ?

Etape 3 : Identifier les interactions et leurs effets contre-productifs ou toxiques
La troisième étape est d’analyser les interactions pour évaluer et recenser leurs effets contre-productifs, c’est-à-dire les effets pénalisants pour :
– vous-mêmes
– les autres protagonistes
– le groupe dans sa globalité (équipe de travail, couple…).

Etape 4 : Sortir du jeu psychologique
Une fois la situation décryptée, vous avez plusieurs solutions pour sortir du triangle de Karpman que vous avez repéré, et ainsi repartir sur des bases saines :

• Ignorer le jeu
Ignorer le rôle tenu par autrui est une solution à risque. Le partenaire peut tomber dans l’escalade, avoir des comportements de plus en plus excessifs. Un Persécuteur peut, par exemple, redoubler de persécutions… En tout cas dans un premier temps. Toutefois, n’ayant plus de prise, il peut lâcher le jeu psychologique à son tour.

• Jouer le jeu en descendant d’un cran
Il s’agit pour vous de jouer plus doucement votre rôle, d’être progressivement moins Victime, moins Persécuteur ou moins Sauveur. Cela peut avoir pour effet de sortir l’autre du jeu en douceur.

• Ou au contraire vous faites monter la pression
Pour amener l’autre à casser le jeu psychologique et à sortir de son rôle dans le triangle de Karpman, vous pouvez également monter d’un cran l’intensité de votre rôle pour dépasser le point la rupture. Autrement dit, vous rentrez dans la caricature du rôle, pourquoi pas avec le registre de l’humour.

• Dévoiler le jeu pour en sortir directement
Autre solution pour sortir du triangle dramatique : vous sortez directement du jeu. Une fois votre analyse du jeu réalisée, vous vous dites Stop. Vous sortez de votre rôle de Victime, de Persécuteur ou de Sauveur. Comment ? En arrêtant de façon nette les comportements associés qui vont avec.

Vous pouvez dévoiler le jeu et en sortir directement en partageant avec les autres protagonistes votre analyse, en pointant le triangle de Karpman dans votre relation. Dans vos explications, mieux vaut vous centrer sur les faits objectifs et pointer les comportements rituels et réflexes, leurs effets contre-productifs. N’hésitez pas à insister sur les points d’accord, les objectifs et les valeurs communes qui vous relient, en remerciant chacun pour son implication. Vous mettez ensuite en place un nouvel modus operandi relationnel.

Cette dernière solution, dévoiler le jeu pour sortir du triangle de Karpman, est la solution la plus claire et la plus saine. C’est d’ailleurs celle que je privilégie dans les coachings professionnels et coachings de vie.

Utiliser la Communication non violente (CNV)

Pour sortir du triangle dramatique, vous pouvez recourir à la Communication non violente (CNV) qui compte quatre phases :
– J’observe et je décris les faits
– Je partage mes émotions et ressentis
– J’exprime mes besoins
– Je formule une demande claire.

Dans cette démarche, qui permet une affirmation de soi, il est important de :
– rester centré sur les faits d’une situation précise et limitée
– éviter la généralisation (toujours, jamais…)
– refuser les comparaisons
– éviter le pointage systématique de ce qui est négatif
– dissocier les faits des personnes et éviter de juger la personne à travers les faits.

Changer de posture avec les Etats du moi

Eric Berne, fondateur de l’analyse transactionnelle, a élaboré le concept des Etats du moi Parent, Adulte, Enfant.

Le triangle de Karpman est un miroir des Etats du moi, concept fondateur de l’analyse transactionnelle, selon lequel nous avons trois positions possibles dans nos relations : Enfant, Adulte ou Parent.

Si l’on analyse les positions de Victime, Persécuteur et Sauveur au travers des Etats du moi, nous remarquons que :
• Le Persécuteur est un Parent ultra normatif. Il est très directif, prescripteur, protecteur avec autorité.
• Le Sauveur est un Parent ultra nourricier. Il est aidant, réconfortant, accueillant.
• La Victime est un Enfant ultra soumis. Il réagit en soumission aux figures d’autorité.

Dès lors, la clé pour sortir du triangle de Karpman est de changer de posture pour mettre sa partie Adulte aux commandes, en laissant au vestiaire son costume d’Enfant soumis (Victime), de Parent normatif (Persécuteur) ou de Parent nourricier (Sauveur).

Cinq questions clés à se poser

En fin de compte, sortir du triangle de Karpman nécessite de répondre à cinq questions :
– Qui je suis ?
– Qu’est ce que je veux ?
– Avec qui ?
– Par quoi je le remplace ?
– Quand ?

Vous avez besoin de décrypter et de sortir d’une relation professionnelle ou personnelle peu claire, désagréable, malsaine, limitante, douloureuse ou déséquilibrée, n’hésitez pas à me contacter pour un coaching communication relationnelle.

Sylvain Seyrig, coach professionnel à Paris